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Certains se plaisent à afficher
un parcours linéaire quand d’autres aiment être
là où on ne les attend pas. C’est le cas d’Isabelle
Cabau, qui, en 2004, prend son petit monde à contre pied
et ouvre au 39 rue de Charonne à Paris sa boutique éponyme.
De commerce équitable bien sûr.
Isabelle
Cabau a eu deux vies.
Dans la première, elle officie tour à tour dans
les salles de marché puis à Londres pour le compte
d’un cabinet américain en stratégie. Les semaines
sont bien remplies et rythmées par des voyages à
l’étranger incessants. Mais voilà. Difficile
de gérer sa vie de famille quand on a un rythme aussi effréné.
Toute la maisonnée rentre à Paris. Nous sommes en
1998.
2003 : Isabelle fait sa révolution copernicienne.
Ses voyages ressurgissent. « Surtout ceux que j’ai
faits plus jeune, dans des coins paumés »
se souvient-elle. S’il ne devait en rester qu’un ce
serait la Thaïlande, pour la sérénité
qu’elle y trouve.
A l’automne 2003, elle part au Myanmar. « Re-choc ».
Elle aime sonder la profondeur de chaque culture, établir
des ponts avec la sienne.
L’idée de créer son entreprise revient avec
encore plus d’acuité.
Elle hésite entre le commerce équitable qu’elle
connaît à peine et le tourisme solidaire. Ce sera
le premier, où le réseau international qu’elle
s’est forgée à l’INSEAD
(une école de management) lui ouvre des portes.
Le commerce équitable colle avec ses convictions de libérale
convaincue, au bon sens du terme. « Ce n’est
pas de la charité, mais une relation durable et ‘gagnant
gagnant’ pour les deux parties » explique t-elle.
Un de ses contacts, membre de l’IFAT (International Federation
for Alternative Trade) lui résume en 5 minutes chrono la
situation d’un secteur qui ne décolle pas. Le commerce
équitable existe depuis longtemps mais ne représente
que 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en
Europe (hors alimentaire). Une goutte d’eau.
« Ce qui manque, c’est un magasin bien situé,
bien présenté, branché offrant des produits
qui collent aux attentes de consommateurs » comprend
Isabelle. « L’idée d’une boutique
était très loin de moi, mais j’ai vu que c’était
le chaînon manquant » analyse Isabelle aujourd’hui.
« Pour moi, c’était utile ».
Son projet est tout trouvé. 39 Charonne ouvre
en septembre 2004. Leitmotiv ? "Du beau avec du sens"
avec sur les rayons, des cosmétiques naturels, des objets
de décoration, des bijoux fantaisie et des vêtements,
issus à 80% du commerce équitable, les 20% restants
venant du commerce éthique.
Sa rencontre avec Ideo date d’ailleurs de la même
année. Elle flashe sur les motifs militants et positifs
qui ornent les T-shirts et se souvient d’une conférence
où elle a entendu pour la première fois Rachel retracer
la naissance de la marque.
Sa boutique, Isabelle la voit comme un lieu de rencontre des cultures
de 3 continents : l’Asie, l’Amérique du
Sud et l’Afrique. Le concept plait. D’autant qu’elle
met un point d’honneur à offrir un bon rapport qualité/prix.
« Ce n’est pas parce que c’est équitable
que le prix doit être 20% plus cher » avance
t-elle. Elle cherche aussi à donner un maximum d’informations
à ses clients pour renouer le lien entre eux et l’artisan
derrière chaque produit.
Pourtant la situation est difficile. La boutique n’est pas
encore à l’équilibre même si elle respecte
la règle d’or : l’emplacement, toujours
et encore. A deux pas de Bastille à Paris, la boutique
fait 65 m2 et accueille une clientèle variée et
de tous âges, dont un noyau dur de consom’acteurs
attentifs à leur impact.
Elle rêve de repartir. Au sud bien sûr. En attendant,
elle voit avec satisfaction les changements auxquels elle contribue.
Comme ces débats sur le coton bio qu’elle a initiés
avec certains de ses fournisseurs qui sont seulement équitables.
À défaut des Indes, c’est dans les Alpes qu’elle
est partie l’été dernier, avec un âne,
ses enfants, et ses convictions.

Portrait Chinois
Isabelle en 4 questions
Un "entrepreneur du meilleur" ou une personnalité
qui s’engage à sa manière
Les 2 fondatrices de Sasha à Calcutta, une entreprise qui
existe depuis 26 ans et qui fédèrent une foule d’ateliers
décentralisés.
Coup de cœur pour un modèle Idéo de
la collection actuelle
Le parker avec les éoliennes.
Une maxime, un credo, une citation
"La planète ne nous appartient pas; elle nous a été
prêtée par nos enfants".
Un idéal voire des "Ideo" ?
Un monde où chacun ferait attention à ce qu’il
fait.
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